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Astronomie en Breton

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10 Septembre 2008

Astronomie et nom des astres en langue Bretonne

Quid du nom des astres et des constellations en Breton ?

Un ami m'a fait passer un article des années 50, que je reproduit ici, qui fait état de quelques noms référencés en Breton pour désigner les constellations, les étoiles et les planètes. En l'absence d'étude sur le sujet, Mab Tréger, l'auteur de l'article, s'appuie sur les dictionnaires pour référencer le vocabulaire, astronomique au niveau de sa portée et non de son abondance... ce qui à priori n'est pas trop étonnant en ce qui concerne le nom des étoiles mais plus surprenant pour le nom des constellations, domaine plus ouvert à l'imagerie populaire.

Je n'ai pas trouvé grand chose d'autre sur le sujet. Je suis preneur de toute info, n'hésitez pas à compléter...

Avant d'aborder l'article, et pour les bretonnants, il existe une version traduite en Breton de l'excellent logiciel Cartes du Ciel, version 2.75 : Kartennou An Oabl. Le site propose également un petit vocabulaire bilingue Breton-Français de l'astronomie.

Pour revenir au nom des étoiles, l'article qui suit est paru dans la revues "Annales de Bretagne" (je n'ai pas la date exacte) dans les années 1950.

Voici la reproduction exacte et intégrale de ce texte :


Astronomie Bretonne

(Réponse à la question n° 253)

A ma connaissance, aucune étude n'a été consacrée jusqu'à présent aux noms bretons des astres. Il faut donc s'adresser aux dictionnaires (français-breton ou breton-français) pour connaître ces noms, ceux des constellations et, en général, les désignations du peu qui, en breton-armoricain, touche à l'astronomie. Et l'on doit reconnaître que si la tâche est quelque peu ardue, les résultats obtenus grâce à la consultation de ces ouvrages sont plutôt maigres.

C'est sans doute que les anciens Bretons se sont moins intéressés aux astres que ne le firent les Chaldéens, sans quoi ils eussent créé davantage de noms pour désigner au moins les étoiles de première grandeur, les plus brillants des "clous d'or" de la voûte céleste.

De façon générale, les collectifs ster, stir, les pluriels stered, stired, les singulatifs sterren, stiren, les singuliers stereden, stireden, dans tous lesquels il est facile de discerner une racine indo-européenne commune aux langues celtiques, latines et germaniques, désignent dans la langue courante, suivant les dialectes, les astres sans distinction.

Dans quelques lexiques il est fait état de certaines nuances. C'est ainsi que Grégoire de Rostrenen, Dictionnaire François-Celtique (1732), au mot ETOILE offre : Etoiles fixes : stered parfedd (au mot FIXE, dans le même ouvrage, on trouve : une demeure fixe, Un demeurançz sur (...) on parfedd). Etoiles errantes : stered-red (c'est à dire : et. "courantes"); puis il renvoie au mot PLANETE.

Celui de Vallée, Dictionnaire Français-Breton (1931), contient les définitions suivantes :
Etoile fixe : stered diloc'h
Etoile double : kenstereden, diousterenn

Mais il est évident que ce sont là des néologismes dus à l'auteur même, et que le peuple n'entend point.

Les "étoiles filantes" semblent avoir intéressé peu de lexicographes bretons. Le supplément au Dictionnaire Français-Breton du dialecte de Vannes, d'E. Ernault (Vannes, sans date) donne à stirenn-red, qui, ailleurs, désigne une planète, le sens d'"étoile filante", lequel convient mieux à l'expression bretonne que celui de "planète". Par ailleurs, Vallée (op. cit;) à ETOILE, cite : steredenn dared, qu'il fait suivre de dared, dont le sens est "éclairs de chaleur, sans tonnerre".

En ce qui concerne les planètes, les termes généraux se répètent sensiblement d'un ouvrage à l'autre. Grégoire : planeden, plur planedennou, sterenn-red, plur stered-red . Les sept planètes : ar seiz planeden. L'Armerye, Dictionnaire François-Breton du dialecte de Vannes (Leyde, 1744) à ETOILE : stirenn-ritt, planedèn. Quant à Le Gonidec, Dictionnaire Celto-Breton (Angouleme, 1821), il ignore toute distinction dans le monde des astres.

Les noms des différentes planètes sont donnés par Grégoire et Armerye. Sauf le Soleil (an Heaul, en Hiaul), et la lune (al loar, loaire, louairr, loère), ils correspondent aux jours de la semaine : meurs, merc'her, yaou, you, guënner, satorn, sadorn, pour les dialectes autres que le Vannetais, et pour ce dernier : maerz, maerh, maercer, riau, yau, uinèrr, sadorn. Mais il est à présumer qu'en réalité, incapables de distinguer l'une de l'autre les différentes planètes, et ne connaissant d'elles que Vénus, à laquelle ils ont d'ailleurs donné un tout autre nom, les Bretons du peuple ne se sont jamais servi des désignations présentées par les deux auteurs du XVIIIe siècle.

Passons aux comètes.

Grégoire en cite plusieurs genres : "comète caudée, Steredenn lostecq, comète barbuë, Steredenn barvecq, comète à la rose, Steredenn blevecq.

De son côté l'Armerye connaît : stereen-lostèc, et signale pour l'année même de la publication de son ouvrage : "en 1744 il parut une 'comète caudée' Er blai mil eih cannt-puar-ha-deu-huigeennd à gannediguiah Hur Salvèr é apparissas ur stereen lostêc. v. les journaux et le Dictionnaire dit de Trévoux."

Actuellement, le peuple se sert surtout de l'expression steredenn lostek.

Voyons maintenant comment sont désignés les étoiles et constellations qui se sont particulièrement imposées à l'attention des bretonnants.

La Polaire

Celle-ci est connue sous le nom de sterenn (sous-entendu : l'étoile par excellence), steredenn an Nort ou Hanter-Noz (ç.-à-d. de la "mi-nuit"); en Vannetais Stiren er Hreiz-Noz (ç.-à-d. du milieu de la nuit). Au mot POLAIRE, Vallée a, de plus, steredenn ar Gwalarn, bien que Gwalarn, id. au fr. "galerne" ait le sens de "nord-ouest", non seulement parmi le peuple, mais dans le dictionnaire du même auteur (v. à NORD (-OUEST) et à OUEST (-NORD-OUEST)).

Vénus ou Etoile du matin

On l'appelle communément en Trégor : steredenn al Labourer (l'étoile du Travailleur). Grégoire l'appelle ar guëlelaouenn, sterenn tarz an deiz (et. du crépuscule), sterenn an héaul (et. du soleil). Le mot gwelelaouenn est connu de tous les lexicographes, du Catholicon à Vallée, sous l'une ou l'autre de ses variantes phonétiques. Le Catholicon, doyen des dictionnaires Bretons, imprimé à Tréguier en 1499, le présente à guelelouen, "lestoile du jour", et à guerelouen (edit. Le Men, Lorient, 1867), pp.115 et 116. Le Pelletier, Dictionnaire de la langue Bretonne (1752), col. 392, coupe le mot en deux : gwele laöen. Ernault, Dictionnaire Français-Breton du dialecte de Vannes (1921) donne : berleuen, et ajoute, au supplément de cet ouvrage, à stiren : stiren er hemenèr, "peut être la même que berleuen", le mot à mot étant pour cette citation "Etoile du tailleur". Le berlehuen d'Ernault apparaît également dans l'Armerye : berlehuênn, au mot VENUS. (on sait que l'm, le b et le gw se substituent souvent l'un à l'autre en initiales dans plusieurs mots bretons du genre féminin).

Il semble qu'en plus du soleil et de la lune, la Polaire et Vénus soient les seuls astres ayant reçu un nom qui leur soit propre dans la langue bretonne. Mais en ce qui concerne les groupes d'étoiles et les nébuleuses on peut citer :

La Grande Ourse ou Grand Chariot

Cette constellation est communément appelée ar c'harr kamm (le chariot bancal) dans le Trégor. A cette appellation, Vallée ajoute, à CHARIOT (de David) : karr Arzur, qualifié d'"ancien", et lost arer (litt. "queue, ou arrière train de charrue). Le geriadurig Brezonek-Gallek d'E. Ernault (1927) donne également Karr Arzur : mais reste à savoir si l'appellation a jamais été réellement populaire ou si elle n'est que le calque de "chariot d'Arthur" trouvé dans l'ouvrage de la Villemarqué : Les romans de la Table Ronde (Nouv. ed. 1861), p11, où l'expression est d'ailleurs donnée comme galloise. Si elle ne se retrouve pas en gallois, elle pourrait avoir été inspirée à la Villemarqué par le nom d'Arcturus, étoile située dans le prolongement de la queue de la Grande Ourse, du grec Arktouros, composé de arktos "ourse" et oura "queue".

Au mot OURSE (grande), Vallée ajoute : ar seiz ejen-arat, litter. "les sept boeufs de labour". seiz steredenn an hanter-noz (autrement dit "les sept étoiles du nord") et enfin kastell karr-bras, le "grand corps de charette". L'expression ar seiz ejen-arat ne saurait être "spécifiquement" bretonne, car elle est calquée sur le latin septem triones, "les sept boeufs", d'où le français septentrion.

La petite Ourse

N'est connue que du seul Vallée, à OURSE : karr-kamm bihan. "le petit chariot bancal". Mais il n'est pas certain que l'expression existe réellement.

Le Grand Chien ou Canicule

Répétés par les modernes, Troude, Vallée et autres, Grégoire et l'Arlerye l'appellent, le premier : steredenn ar c'hy, le second : staireenn er hi, mot à mot comme en français : "l'étoile du Chien".

Les Pléiades ou la Poussinière

Cette constellation, ignorée par Grégoire, est cataloguée par son contemporain vannetais l'Armerye, qui traduit : er Yaric, stir er bouillart, ç.-à-d. "la Poulette", comme en français encore, et "les étoiles de l'ondée".

La Baudrier d'Orion ou les trois rois

Les anciens l'ont négligée, et, près de nous, si le Geriadurig d'Ernault ne donne que l'appellation courante du Français, dans sa traduction an tri Roue, Vallée ajoute, à BAUDRIER (d'Orion) : ar rastell "le râteau" qui parait assez imagé pour être populaire.

La Voie Lactée

Tous les bretonnants connaissent cette nébuleuse sous le nom de Hent Sant Jakez (en vannetais sant Jak), traduction du français populaire "chemin de St Jacques", motivé par la direction que suivaient les anciens pèlerins des pays du Nord pour se rendre à Compostelle, en Galice. La Catholicon offre : hent sant ialm, "la voye à sainct iaques au ciel, lat galaxia..." Grégoire, de son côté, donne à VOIE : "voie de lait, ou voie lactée" : hend sant Jacqès; hend sant Jaqès é Spaign; hent sant Jalm. La variante Jalm, qui se retrouve dans les noms de famille Chalm, Saint-Jalm, Saint-Jalmes, etc représente une forme méridionale ancienne évoluée en Jaume, Jaime (cf. l'anglais James).

Vallée, Dict Fr.-Bret., p.787, ajoute à Hent l'expression bali, sans doute léonaise : bali sant Jakez.

En récapitulant, seules l'Etoile polaire et Vénus en tant qu'astres (en dehors évidemment du Soleil et de la Lune), la Grande et la Petite Ourse, le chien, les Pléiades en tant que constellations, et enfin la Voie Lactée en tant que nébuleuse, semblent avoir été dénommées en Basse Bretagne. Encore plusieurs de leurs appellations ne sont-elles que la traduction mot pour mot du français et du latin.

C'est moins abondant et moins original qu'on pouvait le supposer pour un pays dont le folklore est généralement tenu pour exceptionnellement riche.

Mon collègue Elisée Legros a publié en 1948, sur Les Noms Wallons des Etoiles (Edit. de "La Vie Wallonne", Liège), une brochure in-8° de 20 pages singulièrement intéressante. Il ressort de sa lecture que toutes les étoiles, constellations et nébuleuses dénommées chez nous ont également reçu un nom dans les campagnes de la Belgique romane. Mais il faut ajouter à l'actif de ce pays : l'étoile du Cygne et la Chaise de Cassiopée, non mentionnées par nos lexicographes. Il faut également signaler que la terminologie Wallonne est plus variée que celle de Bretagne, en ce sens que les noms y changent selon les régions sur lesquelles ont porté les enquêtes de l'auteur et de ses devanciers.

Nos cercles celtiques et Folkloriques auraient une excellente occasion de travailler "en profondeur" s'ils entreprenaient à travers la Basse-Bretagne des recherches de ce genre nécessitant de la part de ceux qui s'y consacrent une connaissance approfondie de la langue et de la mentalité de nos pêcheurs et de nos paysans.

Mab Tréger